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« L’imagination est plus importante que le savoir » Albert Einstein

RELIQUES A RELIRE

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Ces livres que l’on a aimés puis oubliés et qui nous emballent cet été.

 

BONJOUR  TRISTESSE

 

« Sur ce sentiment dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse.

C’est un sentiment si complet, si égoïste, que j’en ai presque honte, alors que la tristesse m’avait toujours paru honorable.

Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remord.

Aujourd’hui quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, qui me sépare des autres. »

A la première lecture je n’avais pas prêté attention à la beauté de ce premier paragraphe.

Une petite  merveille, inspirée peut-être par le poème d’Eluard dont l’auteur a tiré le titre.

Ah! si les 187  pages qui suivent avaient la même élégance,  je n’aurais pas refermé le livre avec dédain pour revenir à mes bons vieux classiques du siècle dernier, de vrais écrivains, eux.

Des années plus tard, j’ai eu des remords et j’ai voulu voir. Après tout, le roman avait mérité le Prix des Critiques et le succès phénoménal que l’on sait.

Hélas, après la découverte de ce miraculeux premier paragraphe, le reste m’apparut aussi décevant que la première fois.

C’était une autre prose, celle d’une écolière appliquée à relater, étape par étape, une machination sournoise  qui finit mal, dans une   langue où la candeur se mêle au  libertinage.

Les situations sont devinées d’avance, les dialogues d’un autre âge .  Tout est convenu, dépassé, surfait.

On en oublie le vrai sujet du livre qui est l’inconsciente cruauté de la jeunesse et son monstrueux égoïsme .  On est tenté d’interrompre la lecture, agacé, mais il faut aller jusqu’au bout, jusqu’à la dernière page, aux dernières lignes, et l’émotion surgit alors, pure et dure, sans effet de style, jaillie de l’âme même de l’auteur et on en a les larmes aux yeux.

   « Seulement, quand je suis dans mon lit, à l’aube, avec le seul bruit des voitures dans Paris, la mémoire parfois me trahit. L’été  revient.  Et tous ces souvenirs. Anne. Anne. Je répète ce nom très bas, très longtemps dans le noir.

Quelque chose alors monte en moi, que j’appelle par son nom , les yeux fermés  « bonjour tristesse ».

Ces quelques lignes magnifiques suffisent-elles à consacrer le roman comme un objet de culte impérissable ?

On ne peut plus en douter, puisque cela s’est passé ainsi. Mais le Destin a eu son mot à dire cette année-là, et les choses se sont enchaînées comme il fallait , tout simplement.

Nous sommes en 1954 ; Françoise Quoirez a dix-huit ans, elle vient de passer son bac et elle écrit en quelques semaines sur une table de café à St-Germain, le roman que l’on sait.

Est-il inspiré de faits réels vécus durant un été particulièrement tumultueux ?    Peu importe.

Elle le fait lire à son amie Florence Malraux qui fréquente les milieux littéraires et le soumet à quelques éditeurs.

Julliard prend l’affaire en mains, demande une fin plus tragique et  met sous presse, conscient que le côté sulfureux de cette histoire va faire frissonner les medias…  Le style ?  Quoi, le style ?  Le début et la fin d’un texte sont les seuls critères de jugement pour le lecteur lorsque le sujet  est audacieux et tellement dans l’air du temps !

Entre nous, cela n’a pas marché pour les œuvres  suivantes… et si Françoise Sagan est restée célèbre, c’est grâce à l’étourdissante liberté de sa vie privée.

Bonjour tristesse reste son seul titre de gloire .

Un titre pas vraiment optimiste…

Miss Comédie

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