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Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus :« Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux diners en ville car c’est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité, jouez la comédie. » Jean-Luc Godard :« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras :« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

LA VALSE SURPRISE DE MISS COMEDIE

LA VALSE SURPRISE DE MISS COMEDIE

 LA VALSE SURPRISE DE MISS COMEDIE

 

Cette surprise-là, plutôt que la caméra cachée, c’est le micro caché qui nous la propose.

Une idée, comme ça, qui m’est venue : que se disent deux acteurs lorsque leur dialogue est post-enregistré et que personne ne peut les entendre ?

Ecoutons les pendant la valse du GUEPARD :

 

Burt  Lancaster

 «  Tancrède ne nous quitte pas des yeux. Serait-il jaloux ?

 

Claudia Cardinal

Sûrement, mais de qui ?

 

 

Comment, de qui ?  Vous êtes sa fiancée, non ?

 

Un silence.

 

Elle dit : «  Vous parliez des personnages ?

 

Lui hausse un sourcil :

Oui oui, des personnages bien sûr. Les acteurs disparaissent sur un plateau de

cinéma (il rit).

 

« Alors, oui, bien sûr, il est jaloux de moi.

 

Ils tournoient en silence à nouveau, puis se détachant un peu d’elle pour la dévisager :

« Vous aviez un doute sur la personne ?

 

Elle éclate de rire et murmure : « Evidemment. On vous prête une amitié particulière, vous savez...

 

La valse s’achève et tout en lui adressant un salut protocolaire, il dit : « Je vous trouve néanmoins très belle, signorina… »

 

C’est  un dialogue imaginaire, bien sûr, mais tout à fait possible, entre Burt Lancaster et Claudia Cardinale sur le plateau du GUEPARD.   En  arrière-plan, Alain Delon observait cette valse sublime avec une superbe désinvolture. 

 

                       

Dans le genre, j’en ai une autre, imaginaire aussi, entre deux symboles du couple idéal qui peut-être se demandaient ce qu’ils faisaient dans ce film-là !

 

C’était dans LE GRAND SOMMEIL, un film de Howard Hawks qui passe pour un ovni dans le ciel semé d’étoiles de l’époque. Dans cette scène,

 Humphrey Bogart  est en pleine fascination pour une Lauren Bacall sublime.  Il n’en est pas moins plongé dans le désarroi.

 

LUI

Howard vient de m’appeler à l’aide.  Il me demande si le personnage de Matteo doit mourir assassiné ou suicidé.... Mais je n’en sais rien, moi !

ELLE

Il n’a qu’à demander  à William Faulkner, c’est lui le scénariste, non ?

LUI

C’est ce qu’il a fait, mais Faulkner dit qu’il n’en sait rien.  Avoue que c’est aberrant...

 

Lauren Bacall, indifférente au problème,   se gratte le genou négligeament , un jeu de scène très suggestif qui a valu à la scène  d’être classée culte.

Elle tente cependant  une suggestion :

ELLE

Qu’il demande à l’auteur du bouquin, lui, il doit savoir !

LUI, troublé mais prenant sur lui, d’un ton furieux :

Pourquoi crois-tu qu’il m’appelle au secours ?  ( il se calme et ajoute d’un ton théâtral)  , Raymond Chandler lui-même n’en sait rien !   Ou bien il a perdu la mémoire mais en attendant, c’est à nous, les acteurs, à réinventer ce bloody scénario !

Bien que désarmée, Lauren Bacall ne décroise pas les jambes.

Après un silence, elle tente de rassurer son partenaire :

 

ELLE

Si ça peut te rassurer, je  t’avouerai que je ne comprends rien à mon

personnage. Pourquoi suis-je harcelée par des truands ?

 

Il serre les dents et lance sans la regarder :

Ah, tu ne vas pas en rajouter une louche !... Tu veux sans doute  que je ré-écrive ton rôle ? 

Elle est catastrophée mais préfère se taire car il enchaîne au bord des sanglots :

Et moi, je ne sais même pas qui je dois arrêter et pour quel crime... et tout ça parce que une bande de minables a réussi à entuber les majors pour ramasser du fric !

 

Ils se taisent un moment, et il reprend, cette fois en ironisant :

LUI

Sais-tu pourquoi le film s’appelle LE GRAND SOMMEIL ?

ELLE

Ben non, tiens.

LUI, hilare

Un journaliste a posé la question et Howard,  perplexe, a répondu qu’il n’était pas sûr mais que cela devrait avoir quelque chose à voir avec la mort...

Tu sais, l’essentiel est que nous soyons ensemble au générique...

Elle décroise enfin les jambes et c’est à vous d’imaginer la fin de la scène...

 

Miss Comédie

 

 

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