Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus :« Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux diners en ville car c’est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité, jouez la comédie. » Jean-Luc Godard :« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras :« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

PHOTO GENIES / WILLIAM KLEIN

PHOTO GENIES / WILLIAM KLEIN

 

Il habitait à Paris au coin de ma rue et nous avions  la même vue imprenable sur le Jardin du Luxembourg. Nous nous croisions parfois, au hasard d’une promenade autour du bassin, lui avec sa très belle épouse Jeanne et leur fils César, petit diable de 7 ou 8 ans qu’ils rappelaient souvent à l’ordre  lorsqu’il s’échappait  hors de leur vue.

Leur trio attirait l’attention mais ils ne s’en souciaient guère, ils étaient dans leur bulle.

Il portait toujours autour du cou un objectif grand angle dont il se servait pour saisir un enfant au vol, ou quelque étrangeté invisible… c’est comme ça qu’il m’avait mis la puce à l’oreille : « Mais… oui, c’est lui, William Klein ! »

C’était  un beau brun au visage souriant, aux gestes vifs.

Je le revois comme si c’était hier, et aujourd’hui il a 93 ans…

Mais passons.

Nous étions en 1966 et il n’avait que 38 ans, éternel jeune homme avec déjà derrière lui un passé glorieux.

Avoir quitté New-York à vingt ans pour venir s’installer à Paris avait été son premier coup de chance.  Et puis, il avait pris la bonne route, après  la Sorbonne et des études en sociologie, il avait rejoint le clan des artistes et commencé à se faire la main chez Fernand Léger ; il voulait être peintre, apparemment mais il avait trop d’envies, trop de talents pour en rester là.

C’est en 1948 qu’il rencontre l’amour de sa vie, la belle Jeanne, et l’épouse.  Ils ne se sépareront plus,  un demi-siècle de complicité sur tous les tableaux.  Elle est son modèle, son assistante, la mère de son enfant. 

 

William KLEIN  est doué pour tout et a touché à tout : qu’il s’attaque au street-art ou à la peinture, ses travaux sont remarqués, récompensés.

Mais c’est au début des années cinquante, lorsqu’il est invité à publier ses photos de mode dans le VOGUE international, aux côtés de Helmut Newton ou Richard AVEDON, que sa carrière de photographe démarre en fanfare.

Ses photos sont savamment déjantées , il fait descendre les mannequins dans la rue au milieu des embouteillages , il invente des mises en scène et des cadrages pop art, du jamais vu.

 

William klein ne veut pas de modèles  immobiles au sourire figé, d’attitudes règlementaires sur fond de papier glacé.

Ce qu’il veut, c’est capter  la fille dans son élan, dans son univers ludique ou urbain, de la vie, quoi.

 

On est loin des princes du portrait qui traquent l’âme du modèle au plus près, dans le regard ou dans une pose étudiée.

La Beauté est partout n’est-ce pas ?  A chacun de la saisir avec ses propres perceptions, et selon le goût de son époque.

Les temps ont changé et KLEIN fait partie des précurseurs.

 

Il devient le chouchou des rédactrices de mode qui se l’arrachent.

Il est le plus Parisien des Neworkais, comme son ami MAN RAY, amoureux de Paris comme lui et dont les œuvres reflètent le même esprit de rébellion envers les règles de l’art.

Ensemble, ils entreprennent  des travaux de ravalement dans la photographie.

Ils inventent des nouvelles techniques de cadrage, de mise en scène, de tirage, etc... De quoi donner des idées aux jeunes photographes qui vont suivre.

Mais je vais trop vite.

 

Pour l’heure, nous sommes encore en 1966  au Jardin du Luxembourg et William KLEIN  est  en pleine période CINEMA :

On parle beaucoup du film qui vient de sortir, QUI ETES VOUS POLLY MAGOO.  L’affiche est pour le moins attirante  : Dorothy Mac Gowan ,Sami Frei, Delphine Seyrig, Jean Rochefort, Philippe Noiret, Alice Sapritch, la musique est de Michel Legrand.

Le réalisateur, c’est lui, William KLEIN .

Son premier long métrage après une série de courts très révélateur

C’est une satire du monde de la mode, un peu grand-guignol, qui n’a pas vraiment fait un tabac.

Mais là aussi, Klein avait de l’avance.

Dans la presse, on  rappelle que Louis MALLE avait demandé à William KLEIN d’être son conseiller artistique pour le film ZAZIE DANS LE METRO, d’après le roman de Raymond QUENEAU, et ça remonte à 1960

Ca donne envie de voir…

 

Moi, j’en suis restée à POLLY MAGOO et je n’ai pas aimé le film. Mais aujourd’hui, je reverrais peut-être mon jugement ? les temps changent de goût et d’humeur…

William KLEIN a suivi sa trajectoire, fidèle à ses principes car il n’en avait pas, et toujours en haut de l’affiche, même avec une pochette d’album complètement foutraque, que lui avait demandée Serge GAINSBOURG en 1984 avec ces mots : « Je veux être belle ! »   William KLEIN avait plongé, bien sûr.  La photo est  anthropomorphique.

 

Aujourd’hui, William KLEIN habite t’il toujours le quartier de l’Odéon ?   Fait-il encore sa promenade dans le Jardin du Luco, en solitaire, les mains dans le dos, son fidèle appareil photo au cou ?

 

Miss Comédie

 

PS :  William KLEIN n’est ni le père, ni le fils, ni le frère de Yves KLEIN ; célèbre auteur du bleu Klein, un bleu d’une couleur unique, inimitable, plus bleue que le bleu des mers du Sud.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article