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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 16:00
PIERRE LE TAN, BREVE RENCONTRE  IMAGINAIRE

Place Saint-Sulpice à Paris, c’est la nuit, une nuit de fin d’été, rafraîchie par  la fine pluie qui  a détrempé la terre battue autour de la fontaine.

  Un homme marche, mains dans les poches, le long de la rue Bonaparte qui borde la place.

Il est grand,  cheveux gris,  la démarche souple d’un marcheur.  Ses pas glissent sur le pavé encore luisant de pluie.

Il marche dans ce quartier  dont chaque rue lui évoque un souvenir.  Mais  aujourd’hui ses pas résonnent comme le rappel d’un flot de souvenirs  qu’il ne partagera plus.

 

Memory Lane.   Soixante-dix pages comme un catalogue de portraits choisis dans un passé déjà lointain et restitués par la grâce des dessins a de son ami Pierre Le Tan. 

Il se prend à monologuer à mi-voix.

«Memory Lane.  C’était en 1980.  J’avais trente-cinq ans, lui trente.

Nous étions deux orphelins, avec des parents hors du temps, fantômes d’une autre époque...   Memory Lane. C’est étrange, nous étions amis depuis si longtemps et nous n’avons travaillé ensemble que si tard ...»

 

Il  contemple l’imposante bâtisse de la basilique qui  lui évoque ce « rappel à Dieu », ce réconfort illusoire  des croyants.  Il se  surprend à espérer pour son ami cette paix éternelle qui le prive, lui, de la paix de chacun des jours à venir.

 

Le voici qui débouche dans cette rue de Vaugirard où son ami résida longtemps. Il s’arrête, la rue est déserte, les grilles du jardin du Luxembourg sont fermées.  Pourtant, une silhouette assise sur le muret qui longe le jardin attire son attention.

« Patrick ?

Il connait cette voix. Il s’approche. L’ombre se lève et vient vers lui.

« Oui, c’est moi, je suis près de chez moi, tu vois...

Nullement étonné, Modiano est pourtant ému jusqu’aux larmes.

« Pourquoi es-tu parti, Pierre ? Je suis seul avec nos souvenirs.

« Tu t’y attendais, non ?  Je souffrais, tu le savais. Il fallait partir.

« Que vont devenir tes précieuses  collections ?  Tes filles n’ont aucun goût pour les morceaux de porcelaine brisée !

« Ca m’est égal.  Ce sont des jouets pour les vivants.

« Et pour ceux d’en haut, qu’y a t-il ?

« Les souvenirs,  des collections  de souvenirs, c’est le tissu de notre vie !

Ils se sont mis à marcher côte à côte vers le Palais du Luxembourg.

« Dis-donc, tu es retourné au Saint Gothard ?

« Non, jamais.  Je  fréquente rarement Montmartre, c’est trop pentu pour mon âge.  Par contre j’adore rêvasser cité Bergère, devant la boutique de chaussures.

« Il y a toujours la plante grimpante dans la vitrine ?

Ils éclatent de rire.

 

«Le dessin que tu en as fait dans Memory Lane est très beau... mais on ne voit pas les mocassins de Paul Contour qui attendent d’être ressemelés !

Ils sont hilares à l’évocation des années soixante, qu’ils ont savourées ensemble près de quarante ans auparavant.

«  Ce petit livre nous a rendus indissociables, finalement.

Ta plume et mon crayon, le cercle parfait.

« Notre premier succès en librairie...

« Pas vraiment suivi pour Poupée Blonde !

Justement  les  voilà derrière l’Odéon, et tous deux revoient ce qui fut leur petit théâtre imaginaire de Poupée Blonde.

Ils s’assoient sur le muret  adossé aux grilles du Jardin du Luxembourg et contemplent la terrasse du Petit Suisse

Déserte.

Et soudain ils ont la même idée.  D’un bond ils s’élancent à travers la place en direction du café  et prennent place à l’une des tables ruisselantes de pluie, s’installent face à face dans un mouvement  théâtral et prennent la pose.

« Paris de ma jeunesse !  s’exclame Pierre Le Tan.  Et Patrick Modiano d’enchaîner :

« Mon dernier livre aura ce titre-là, comme le tien, Pierre.

Nous  serons indissociables jusqu’au bout

 

 

Miss Comédie

 

PS -    Une nouvelle édition de Paris de ma jeunesse  préfacé par Patrick Modiano   paraîtra chez Stock  le 6 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

PIERRE LE TAN, BREVE RENCONTRE  IMAGINAIRE

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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