Jeudi 14 mai 2009
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09:31
La sale d’attente
SONIA, SA MERE
PAS TOUT A FAIT D'ACCORD
LA MERE
Tu te sentais seule ?
ELLE
Oui, bien sûr !
LA MERE
Tu adores ton métier.
ELLE
Oui, oui, mon métier, mon métier... Un gagne-pain pas trop abrutissant, c’est tout...
LA MERE
Bon, écoute, arrêtons de pleurnicher, pour l’instant tout est bien dans le meilleur des mondes, Maxime t’aime, tu l’aimes, et ça va durer longtemps, et vous aurez beaucoup d’enfants.
ELLE, sursautant
Ah ! Arrête... ne prononce pas des mots... “un enfant” ! Un enfant de lui mon dieu, le ciel me tomberait sur la tête, ce serait inimaginable, féérique... le bonheur sur
terre...
LA MERE
Reprends-toi ma chérie. Un enfant c’est le plus gros emmerdemment que la femme puisse imaginer, en dehors de quelques guiliguilis qui sont très vite ridicules.
ELLE regardant sa mère en face
Merci pour moi.
LA MERE
Oh, quand on l’a, on fait avec, il faut bien, ça vous suit toute votre vie et un jour on se demande si cette créature en face de vous est bien restée recroquevillée neuf mois dans votre
ventre...
ELLE, horrifiée
Maman ! Tu dis ces énormités pour la première fois ?
LA MERE
Oui, je ne sais pas ce qui m’arrive. C’est pourtant bien le fond de ma pensée.
ELLE
Moi, si j’avais un enfant avec Maxime, je n’arrêterais pas de m’émerveiller à le regarder grandir…..
LA MERE
Arrête ces niaiseries, je te croyais intelligente, évoluée. Tu es comme ces femelles qui ne savent rien faire d’autre que mettre bas.
ELLE
Mais tu es horrible ! Je dis ce qu’ont toujours dit les femmes depuis que le monde est monde ! C’est un sentiment qui reste encore vénérable dans notre société de merde !
LA MERE
Oui, bon d’accord. Je ne te suivrai pas sur ce terrain. Nous en reparlerons dans trente ans, si tu as réalisé ton rêve
La porte s’ouvre.
VOIX DU MEDECIN
Madame Aufray et madame Aufray !
Elles sursautent toutes les deix.
LA MERE
Crois-tu qu’il a tout entendu ?
ELLE
S’il te demande combien tu as eu d’enfants, c’est peut-être qu’il aura tout entendu.
Elles sortent ensemble.
(A suivre)
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Jeudi 14 mai 2009
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09:23
« Tout art est autobiographique ; la perle est l’atobiographie de l’huître. »
F
ederico FELLINI
Fellini avait une femme toute menue, et pourtant on sait qu’il aimait les grosses, alors où est la perle ?
A demain mes amis,
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Mercredi 13 mai 2009
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09:39
La salle d’attente est plongée dans la pénombre, tous stores baissés. On sent que dehors le soleil tape. Sonia est assise en compagnie d’une dame plus âgée, visiblement sa mère.
Elles portent des tenues d’été et la mère s’évente avec un journal.
SONIA, SA MERE.
LA MERE
Il n’y a pas la climatisation chez ton médecin ?
ELLE
Non maman. Pas pour un mois par an ...
LA MERE
Deux... parfois trois. Enfin. L’essentiel est que ce docteur trouve la cause de mes insomnies.
ELLE
Tu sais, il ne fait pas de miracles. Si ça se trouve, tes insomnies ont une tout autre cause que l’allergie. Allergie à quoi ?
LA MERE
Ben, je sais pas, moi, la plume, la poussière, le noir, le Duphalac... c’est à lui de voir.
ELLE
Je te préviens, c’est long à trouver. Il n’a pas encore trouvé la mienne... ni celle de Maxime.
LA MERE
Je croyais qu’il était guéri.
ELLE
D’une crise d’urticaire causée par les crustacés qu’il avait mangé à Noël.
LA MERE
Ca me rappelle ce film terrifiant sur le type qui était allergique aux méduses...
ELLE
Il y laissait sa peau... C’était cette garce de fille jalouse de sa mère...
LA MERE
A propos... tu t’entends mieux avec le fils de Maxime ?
ELLE
Oh oui... Il m’a adoptee. Surtout depuis notre dernière rupture. Il a pris mon parti, figure-toi !
LA MERE
Il est sûrement amoureux de toi.
ELLE
Tu plaisantes ? Je suis une vieille, pour lui !
LA MERE
Ils en rêvent, des vieilles. Surtout une vieille comme toi, regarde-toi. Et Maxime, là-dedans ?
ELLE
Il est un peu jaloux ! (Elle rit). L’autre jour Thomas et moi avons déjeuné ensemble, il paraît qu’il a fait une tête …
LA MERE
Tu as déjeûné seule avec Thomas ?
ELLE
Oui... La brouille avait assez duré. Il fallait trouver un terrain d’entente. Thomas a été un parfait entremetteur.
LA MERE
Quand meme…. Vous vous disputez souvent !
ELLE
Oui, mais ça ne veut rien dire ! Je l’aime de plus en plus. Je sens que je m’attache. Et en même temps, je sens en moi une réticence étrange.
LA MERE
Une réticence ?
ELLE
Oui, comme si une force en moi m’éloignait de lui. Et je sens la même réticence chez lui !
LA MERE
Et si vous étiez allergiques l’un à l’autre ?
ELLE
Ben voilà, c’est bien la théorie de ce docteur.
LA MERE
Tiens, d’ailleurs, tu ne devais plus revenir le voir ?
ELLE
Oui, il m’avait sérieusement gonflée. Mais je crois qu’il a raison. Maxime supporte mal mon intrusion dans sa vie.
LA MERE
D’habitude, les hommes ne supportent pas de vivre seuls.
ELLE
Lui, oui ! Il s’est arrangé un petit célibat cocon, avec tout le fric qu’il gagne c’est facile, tu sais, de faire repasser ses chemises et livrer un dîner tout prêt. Maxime est un
homme libre.
LA MERE, songeuse
Toi aussi, tu étais une femme libre... mais aujourd’hui, s’il te quittait...
ELLE
Je n’étais pas une femme libre, j’étais une femme seule.
LA MERE
La différence ?
ELLE
La différence, c’est qu’une femme libre ne se sent jamais seule.
(A suivre)
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Mercredi 13 mai 2009
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09:30
Ce qui est révoltant dans la guerre, c’est qu’elle prive l’homme de son combat individuel.
François TRUFFAUT (dans JULES ET JIM)
Ca paraît étonnant que cette citation soit de TRUFFAUT. Elle pourrait être signée TolstoÏ…
TRUFFAUT a mené son combat individuel de main de maître :
il a fomenté la Nouvelle Vague. Il a peut-être refusé de faire la guerre.
A demain, chers cinéphiles.
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Mardi 12 mai 2009
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09:26
Le bureau de MAXIME
MAXIME, THOMAS
LA CONFESSION DE MAXIME
LUI se lève, contourne son bureau, se plante devant son fils, les bras ballants.
Elle t’a dit ça ?
THOMAS
Oui.
LUI
Elle bluffe.
THOMAS
Arrête ton char, tu sais très bien qu’elle dit la vérité. C’est d’ailleurs la seule chose à faire, dans sa situation.
LUI
Mais elle aurait pu m’en parler !
THOMAS
Tu ne voulais plus lui parler, rappelle-toi, rappelle-toi...
LUI
Ah, ça suffit ! (Il parle en marchant de long en large)
Alors cette pauvre idiote a cru que je tenais absolument à guérir ma toux, comme un papy, une toux que je traîne depuis dix ans et qui vient du tabac, c’est notoire ! Je le vois bien,
maintenant, qu’elle vient du tabac, ma toux, et je continuais à aller chez ce... conn... ce salaud de médecin pour faire comme elle, pour arpenter encore cette salle d’attente où je l’avais vue
pour la première fois.
Et j’étais en train de me faire manipuler. Et je continuais à aligner mes chèques pour le seul plaisir de retourner m’asseoir dans cette pièce grise et sale, avec ce demi fou allergique aux
microbes et cette allumée du sac à main...
(Il retourne vers son fils)
Elle a cru que j’étais assez bête pour me faire avoir par un docteur de mes deux ! Elle n’a pas compris que je venais pour elle, parce que je l’aimais comme un fou ! Aachhh….. (Il
tousse)
Et tu crois que je vais avoir le coeur à aller à Megève faire le clown sur les pistes, tout seul comme un con ?
Autrefois j’y allais pour toi, mon fils, mon Thomas, je t’emmenais à l’école de ski, et puis je te faisais faire la descente de Princesse, tout ému de te voir si petit sur tes petits skis, et
nous n’en finissions pas de reprendre le tire-fesse l’un derrière l’autre, pour descendre cette petite pente qui te mettait en joie, tu riais au éclats, souviens-toi, quand tu tombais du haut de
tes trois pommes sur ton derrière...
J’étais heureux, à l’époque, j’avais perdu ma femme mais j’avais un but : c’était toi, te rendre heureux.
Maintenant...
THOMAS
Maintenant je suis toujours là, papa.
LUI
Les jours sont comptés. Déjà tu t’échappes, Megève pour toi ce n’est plus le ski avec ton vieux père, c’est la planche avec tes copains. C’est normal, j’aurais dû le voir
venir....
THOMAS
Maintenant tu as Sonia.
LUI
C’est trop tard. Elle m’a vu comme j’étais : un vieux con. Elle a raison de partir. Je lui aurais rendu la vie impossible. Je l’oublierai.
THOMAS
Tu ne veux pas faire un petit geste ?
LUI
Quel geste ? Un vieux con bêlant c’est pire que tout. Faire un geste... pfff.
THOMAS
Elle n’attend que ça.
(A suivre)
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