Nous sommes toujours
dans la suite 116 de l’hôtel Martinez à Cannes, après la présentation de MIDNIGHT IN PARIS.
Woody ALLEN est toujours enfermé dans la salle de bains après son règlement de comptes avec PICASSO. (voir Interview Imaginaire précédente).
N’entendant plus aucun bruit, espérant que DALI a suivi PICASSO dans les limbes, il risque un œil par la porte entrouverte et constate que le salon est vide.
Soulagé mais la gorge sèche,il sort de la salle de bains et va se resservir un verre d’eau minérale qu’il avale d’un trait. Un courant d’air le surprend : la baie vitrée est ouverte. Un homme est accoudé au balcon et écoute le bruit des vagues.
A l’approche de Woody ALLEN, il se retourne, c’est DALI.
« Eh, hombre ! vous m’avez fait peur ! Qu’est-ce que vous faites là ?
« Excuse-me but you are in MY room, you know ?
« Ah, si, senor ALLEN ! Nous avons à parler, tous les deux. Rentrons, por favor.
Woody ALLEN se passe la main sur le front et va en soupirant s’asseoir dans son fauteuil, le même où il a subi l’interrogatoire de PICASSO.
« Well, OK, OK, je vous écoute mais soyez bref, je suis épuisé, je tombe de sommeil et demain j’ai un avion à…
« Si, si, ça sera ttrès vite fait, je voulais vous dire que je suis très très déçu.
« I know.
« Vous savez ? Vous avez la double-vue que j’appelle la paranoïa critique ?
« Euh, not really, but… allez droit au but !
« Si vous avez la cognition supra-sensorielle, Mr. ALLEN, alors vous devinez la douleur de l’artiste qui entend le mot « rhinocéros » articulé de manière à ridiculiser l’animal et l’objet d’art ?
« …
« Vous extrapolez
la profanation que cela représente, le mot « rhinocéros » beuglé comme le ferait le bœuf Apis, par un acteur caricatural, gesticulant, et pitoyable à qui vous avez donné
le nom du génial Salvador Dali de Pubol ?
« …..
« Vous vouliez peut-être faire de la pub subliminale ! No ? (il déclame ) « Je suis fou du chocolat Lanvin, je suis fou du Rhinocéros cosmique », je le répète, je le beugle et tout le monde voudra savoir où est cet animal mythique, le toucher, le voler ! Oui ? Mr. ALLEN ?
« Euh no, no…
« Mon grand ami PICASSO s’est prosterné devant cette esculture géniale. Mais le grand DALI ne se résume pas à une esculture !!!
Votre pingouin d’acteur aurait pu beugler « Crucifixion » ! Ou , « Portrait de Bunuel » ! pobre Bunuel que vous avez crétinisé comme moi, ou « Hallucination partielle » ! ou « Portrait de Gala avec deux côtelettes d’agneau sur l’épaule » No ? Et si vous aviez planté votre caméra dans l’enceinte du Teatro-Museo de Figueras, là vous aviez de quoi faire un chef-d’œuvre ! Au lieu de cette galerie de portraits débiles…
Là, d’un coup, Woody ALLEN en a ras la casquette. Il se lève et fonce vers DALI, rouge de colère.
« Now, shut up you stupid genius of my ass !
DALI s’étrangle. Mais Woody ne le laisse pas parler. Il continue sur un ton de bouledogue :
« J’ai fait plus de films que vous n’avez fait de rhinocéros et je n’
ai pas de leçon à recevoir de vous ni de personne !
Est-ce que je vais critiquer les visages au carré de votre ami PICASSO ?
Et est-ce que je me fend la pêche devant vos montres qui coulent ?

« Doucement, Mr. ALLEN. Je vais vous apprendre la méthode tri-dimensionnelle cosmique… y tambien…
« Foutaise ! Retournez à votre cinquième dimension comique, ou j’appelle le service de dératisation !
« Alors, tournez un autre film pour rétablir la vérité !
« Et vous voyez qui, pour jouer votre rôle ?
« Nicolas SARKOZY. Je ferais le portrait de CARLA nue…
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Il
allume la lumière du salon. Dans l’un des fauteuils est assis un homme.

Woody reste
muet. Il a compris, bien sûr. Pour lui, la vraie question est là, sur l’utilité de l’art et tout ça, mais elle est si complexe qu’il n’a jamais su par quel bout la prendre.
Woody ALLEN se recroqueville sur lui-même, dans un état de profond abattement. PICASSO poursuit :
La discothèque Le
Bilboquet, rue Saint-Benoît à Paris. Trois heures du matin.
« Pourquoi revenir ici, Marguerite Duras ? 

«
Avez-vous regretté de n’être pas belle ?
Mai 2011- Cannes, Festival International du
Film.


Est-ce
parce que ce magasin se situait rue de la Pompe à Paris, que Truffaut en a fait le magasin de chaussures de M. Tabard dans son film BAISERS VOLES ? Dans ce magasin Antoine Doinel
tombait sous le charme de Mme Tabard, alias Delphine Seyrig. et ça donnait des scènes d’anthologie que l’on se repasse sur YouTube.
Ce magasin
s’appelait MARALEX et il existe toujours. François TRUFFAUT y fait quelques apparitions, au hasard des clientes de passage…
« Vous avez été amoureux de Claude JADE ?

MOREAU : elle m’effrayait. Mais
quelle actrice !
« Oui
mais lui, il avait déjà fait Le MEPRIS et PIERROT LE FOU, il pouvait tout se permettre. Moi, je suivais. Je l’admirais, il était beaucoup plus intellectuel que moi.